Cet article est publié en collaboration avec Indicator. Leur article complet est disponible ici.
Leurs sites peuvent facilement être confondus avec les plateformes officielles: museedulouvre-tickets[.]org, museeorsay-tickets[.]org, versallespalace-tickets[.]org ou encore louvre-museum-tickets[.]org. Leurs noms de domaine ne suscitent aucune méfiance chez les touristes. Pourtant, une différence majeure existe: le prix. Ces sites revendent les billets officiels des musées et monuments nationaux les plus fréquentés de France à un prix en moyenne 260% plus élevé que le prix officiel, incluant d'autres services supplémentaires tels que des audioguides que certains utilisateurs affirment n'avoir jamais reçus, comme le révèle une enquête conjointe de la Fundación Maldita.es et d’Indicator sur les réseaux internationaux de revente de billets.
Ces plateformes ont bâti un commerce florissant reposant presque exclusivement sur la surfacturation des visiteurs pour un service que les institutions publiques proposent elles-mêmes. Leur succès repose en grande partie sur l’achat de publicités Google, qui leur permet d’apparaître en tête des sites officiels du Louvre, du Musée d’Orsay ou du Château de Versailles. À elles seules, quatre de ces plateformes non officielles ont cumulé 300.000 visites en mai 2026, dont 87 % issues de publicités payantes, selon SimilarWeb. Les registres de Google montrent que ces mêmes sites ont diffusé 67 campagnes publicitaires ciblant la France sur la même période, certaines annonces ayant été affichées jusqu’à 700.000 fois.
Indépendamment de toute considération éthique, cette revente peut être illégale en France. Les experts consultés par Les Surligneurs rappellent que l’article 313‑6‑2 de la LOI n° 2012‑348 du 12 mars 2012 interdit “le fait de vendre, d'offrir à la vente ou d'exposer en vue de la vente ou de la cession ou de fournir les moyens en vue de la vente ou de la cession des titres d'accès à une manifestation sportive, culturelle ou commerciale”.
Repérer et signaler ces publicités potentiellement illégales sur Google
Les institutions culturelles du monde entier dénoncent régulièrement cette pratique, illégale selon les experts, dans plusieurs pays dont la France et la Grèce, et contraire aux règles des musées et monuments internationaux les plus visités. Google dispose de règles spécifiques concernant la revente de billets, mais il n’est pas certain qu’elles couvrent ce type d’activité; en tout état de cause, les mécanismes de contrôle de l’entreprise échouent manifestement à enrayer le phénomène, même lorsque les annonces ciblent des pays où cette pratique est prohibée.
Les sites non officiels des monuments français ont diffusé à plusieurs reprises des publicités proposant des billets surfacturés, en plusieurs langues, mais spécifiquement ciblées pour apparaître en France. Nous avons signalé cinq exemples particulièrement significatifs via le formulaire en ligne de Google destiné aux contenus potentiellement illégaux — une procédure nettement plus complexe que celle d'autres grandes plateformes numériques sur lesquelles la Fundación Maldita.es a mené des enquêtes similaires.

Les publicités signalées, qui avaient accumulé entre 50.000 et 700.000 impressions, ont toutes été supprimées après notre demande motivée. Mais la complexité du processus risque de décourager de nombreux utilisateurs. Après avoir cliqué sur l’option de signalement, l’utilisateur doit accéder à un formulaire distinct, naviguer dans plusieurs menus déroulants et répondre à des questions ouvertes, soit au moins 11 étapes avant de pouvoir soumettre son signalement.
Cette procédure apparaît non seulement plus confuse que celles d’autres services en ligne, mais également en contradiction avec l’exigence de systèmes de signalement de contenus potentiellement illégaux “faciles d’accès et d’utilisation” prévue par l’article 16 du Règlement sur les Services Numériques (Digital Services Act). Par ailleurs, le volume et la persistance de ces contenus interrogent sur le respect, par Google Search, de ses obligations en tant que “très grand moteur de recherche en ligne”, notamment son devoir de mettre en place des mesures efficaces pour limiter “la diffusion de contenus illicites”.
Il est difficile de ne pas y voir un phénomène systémique : la capacité de ces sites non officiels à contourner la législation française repose presque entièrement sur l’infrastructure publicitaire de Google. Selon SimilarWeb, seulement 2,7 % de leur trafic provient de la recherche organique, tandis que 87% est généré par la publicité payante.
Un préjudice pour les visiteurs et pour les institutions publiques
Les premières victimes de cette pratique, comme le détaille l'enquête de la Fundación Maldita.es et d'Indicator, sont les internautes qui, croyant être sur le site officiel, ont payé par exemple 76 € pour un billet du Louvre qui en coûte 22. Mais les institutions culturelles elles‑mêmes — des sites publics financés par les contribuables — en subissent également les conséquences.
Comme l’a expliqué un utilisateur, et comme le montrent de nombreux avis en ligne, ces sites non officiels annulent parfois les billets à la dernière minute. Au‑delà du préjudice d’image pour les musées, que les visiteurs confondent souvent avec ces plateformes frauduleuses, il s’agit de visiteurs qui n’ont finalement pas pu accéder au site ni acquitter leur billet.
CORRECTION: une version précédente de cet article affirmait que les quatre domaines avaient totalisé plus de 4 millions de visites au mois de mai selon SimilarWeb, alors que le chiffre réel est de 299.382. L'article a été corrigé pour refléter cette donnée. (editado)
Méthodologie
La méthodologie complète est disponible ici. Pour cette section, la Fundación Maldita.es a sélectionné quatre domaines contenant le mot “tickets” associé au nom de trois sites culturels français figurant dans une liste de 74 musées et attractions établie par Wikipedia et le TEA/AECOM Museum Index 2023. Début juin 2026, l’ensemble des publicités pointant vers ces domaines a été consulté dans le Centre de Transparence Publicitaire de Google. Sur 121 annonces, 67 actives en mai 2026 ont été retenues; pour chaque domaine, l’annonce ayant obtenu le plus grand nombre d’impressions en France a été signalée via le parcours détaillé sur le site de Google.
- Signaler un contenu sur Google
- Sélectionnez le produit Google où figure le contenu que vous signalez: Une annonce Google
- Quel type d'annonce souhaitez-vous signaler?: Annonce sur le Réseau de Recherche, c'est-à-dire une annonce diffusée sur une page de résultats de recherche Google
- Sélectionnez le motif pour lequel vous souhaitez signaler du contenu: Motifs juridiques pour signaler du contenu
- Sélectionnez le motif pour lequel vous souhaitez signaler du contenu: Autre: signaler du contenu pour un motif juridique non mentionné ci-dessus (par exemple, un contenu qui enfreint les lois locales sur l'antiterrorisme ou l'incitation à la haine)
- Merci d'avoir décrit le problème. Cliquez sur Créer une demande pour envoyer une demande à notre équipe: Créer une demande
- Veuillez sélectionner le format du contenu que vous signalez: URL de l'annonce
- Expliquez en détail la raison pour laquelle vous estimez que le contenu des URL ci-dessus est contraire à la loi, en citant si possible les dispositions légales concernées: Il s'agit d'une publicité diffusée en France pour la revente de billets d'accès à un site culturel français, ce qui est contraire à la loi n° 2012-348 du 12 mars 2012 tendant à faciliter l'organisation des manifestations sportives et culturelles.
- Pour plus de précision, veuillez citer le texte exact provenant de chacune des URL ci-dessus et qui, selon vous, porte atteinte à vos droits: La publicité en elle-même est illégale en France.
Les prix proposés ont été comparés aux tarifs officiels, en tenant compte des services inclus (audioguides, visites guidées) et en calculant les écarts absolus et en pourcentage. Les conditions de vente, les politiques de revente et les données techniques des domaines (dont les adresses IP) ont été examinées. Les données de trafic proviennent de SimilarWeb et correspondent aux visites estimées en mai 2026, permettant d’analyser la part de trafic organique et celle issue de la publicité payante.